Faut-il acheter bio? Réflexion Consommation

Publié par Cathy Bernot le

Très souvent, les blogs culinaires à tendance végétarienne/végane incitent à consommer bio. Lorsque l’on parle Bio en société ou sur les réseaux sociaux, le sujet devient vite épidermique : on y rencontre ceux qui pensent que « Si c’est pas bio c’est le mal», qui se chicanent avec ceux qui sont convaincus que « le bio c’est de l’arnaque pour payer plus cher», qui sont d’ailleurs souvent les mêmes que ceux qui affirment que « Le bio c’est pas vraiment bio». Je me suis donc décidée à rédiger un petit article là dessus, qui, plutôt que d’alimenter des polémiques, tente de donner différents éclairages afin de répondre à la question : Pourquoi acheter bio… ou pas?

Les deux grandes motivations récurrentes qui nous poussent à acheter bio sont : une alimentation meilleure pour la santé et un mode de production plus respectueux de l’environnement. Vrai ou faux?

Faut-il acheter bio?

Le bio, c’est meilleur pour ma santé !

On pourrait le penser : moins de produits chimiques, moins de pesticides, de conservateurs, de traitements en tous genres. Plus d’ingrédients naturels. Alors oui, globalement, le bio sera meilleur pour ma santé, car moins enclin à véhiculer des toxines issues d’une agriculture industrielle. Mais dans les faits, il faut toutefois nuancer.

Certes, un kilo de pommes bio sera effectivement moins gorgé de pesticides qu’un kilo de pommes issues de l’agriculture conventionnelle. Pour de nombreux produits bruts (fruits et légumes, farines, graines, légumes secs…), effectivement, le bio contiendra moins de toxiques et sera plus sain que le non bio.

Mais inutile de se leurrer. Il existe aujourd’hui (et de plus en plus, hélas) une filière agro-industrielle bio qui parvient sans difficulté à créer des produits industriels tout aussi nocifs pour notre santé que l’équivalent en non-bio, et à sélectionner de nouvelles variétés de fruits et légumes en fonction de leur rendement et de leur apparence, plutôt que de leurs qualités nutritionnelles ou gustatives. Le tout beaucoup plus cher, bien sûr. On trouve en rayon bio ou en magasin bio des tas de gâteaux, fausses viandes, plats tout préparés, qui contiennent des farines blanches enrichies en gluten, du sucre raffiné, du sirop de glucose, de l’huile de palme et autres graisses saturées… : tout le cocktail traditionnel d’ingrédients qui sont là pour flatter notre palais habitué aux saveurs industrielles, mais qui vont tout faire pour nous boucher les artères, engorger notre foie, encrasser notre organisme ou nous faire prendre du poids, à l’image des produits équivalents en non-bio. On peut juste supposer que ces produits industriels bio ont moins pollué la planète à la production (j’ai bien dit supposer, car avec l’industrialisation du bio se posent les problèmes de production en masse, transport… Voir paragraphe suivant).

En conclusion : le label bio ne fait pas tout. Toutefois, à produit équivalent, un aliment bio sera effectivement moins imbibé d’additifs plus ou moins toxiques. En règle générale, plus on achète des produits bruts et non raffinés, et plus la différence entre bio et non bio sera marquée. Et plus on achète des produits bio cultivés près de chez nous, plus cela sera non seulement meilleur pour notre corps, mais aussi pour l’environnement.

En complément : un reportage diffusé sur la 5 le dimanche 3 avril 2016 : Manger plus pour se nourrir moins. On y apprend que les fruits et légumes sélectionnés pour l’agriculture intensive contiennent moins (parfois beaucoup moins!) de vitamines et de nutriments (zinc, fer…) que ceux consommés en 1950. Une agriculture moins intensive, plus respectueuse des sols, qui utilise des variétés anciennes… permet d’obtenir des aliments plus riches en micro-nutriments. Le bio de proximité n’est certes pas la seule solution, mais c’en est une.   

Les principaux logos Agriculture Biologique visibles dans les rayons alimentation 

Le bio, c’est mieux pour la planète ?

Oui et non ! Il est évident qu’une exploitation bio maraîchère ou fruitière locale ne stérilisera pas ses sols à coup de traitements chimiques comme le fait l’agriculture traditionnelle. Elle parviendra même sans doute à enrichir son sol et à préserver la biodiversité, pour peu qu’elle pratique une agriculture en biodynamie ou en permaculture. Oui, y acheter ses fruits et ses légumes, c’est VRAIMENT beaucoup mieux pour la planète, et en plus, on permet à un agriculteur de maintenir une activité et une agriculture vivrière locale.

En revanche, acheter un ananas-avion bio qui a été transporté en express par voie aérienne rien que pour notre plaisir gustatif aura un impact bien plus mitigé sur la planète : certes, il aura été cultivé selon un protocole biologique, mais le transport fait sérieusement grimper le bilan-carbone de ce produit.

Pour aller un peu plus loin, un produit peut être cultivé biologiquement  ( = il sera a priori plutôt bon pour notre santé), mais avoir un impact déplorable pour l’environnement (déforestation, coût du transport, raréfaction d’une espèce…) et pour l’agriculteur (mauvaises conditions de production, exploitation humaine…)

Là encore, le bio ne fait pas tout. Avant d’acheter, il faut prendre en compte l’impact réel du produit. Si nos motivations sont la préservation de la planète, mieux vaut acheter un kilo de pommes sans labellisation bio à un petit producteur local qu’un kilo de pommes bio provenant de loin.

Dans le bio, il y a des arnaques !

Ça, c’est le grand argument de ceux qui sont hostiles au bio. Eh oui, évidemment que certains produits bio ne sont pas si bio que ça. Pas de raison que le marché du bio soit un marché de Bisounours, surtout en ces temps où consommer bio devient tendance. Mais franchement, vous pensez vraiment qu’il y a plus d’arnaques dans le bio que dans le non bio? Les produits bio sont plutôt plus contrôlés que les autres, et nombre de scandales alimentaires récents dans des filières classiques ont prouvé que l’industrie agro-alimentaire n’allait pas très bien.

Oui, je consomme majoritairement bio. Et lorsqu’on me dit : « Tu ne peux pas être sûre que c’est bio », je réponds tout simplement « C’est vrai. La seule chose dont je puisse être sûre, c’est que si c’est pas bio, c’est traité chimiquement. Alors dans le doute, je choisis ce qui sera a priori non traité. »

Le bio, c’est cher !

Oui, c’est vrai, un peu. Et c’est aussi normal : Acheter des produits locaux bio, c’est aussi une démarche militante qui permettra à des producteurs de vivre un peu mieux. Nous pouvons choisir de soutenir un petit producteur local ou accroître les bénéfices d’un grand groupe agro-industriel qui importe des produits biologiques récoltés dans des conditions dont on ne veut pas entendre parler. Une chose est sûre : Un petit producteur local de pommes engrangera globalement moins de bénéfices qu’un grand groupe industriel qui développe une filière bio d’importation et qui tire sur tous les coûts. C’est pas logique mais c’est comme ça. A nous d’agir en tant que consommateurs pour ne pas entretenir ce système injuste.

C’est vrai aussi qu’actuellement, le bio est tendance. Nombre de groupes agro-industriels veulent s’emparer du bio et font gonfler les prix de certains produits. On peut même parler de prise d’otage du bio par quelques grands groupes, que ce soit au niveau des semences, de la production et du choix de produits proposés aux consommateurs. Je ne développerai pas davantage ces sujets, en particulier la privatisation du vivant qui pourtant est un enjeu capital, mais voilà en vrac quelques liens pour aller plus loin si vous le souhaitez:

Revenons à la question de départ : se nourrir bio, c’est plus cher? Oui et non. A produit équivalent, effectivement, le bio sera plus cher. Mais c’est un fait à nuancer, au regard du coût réel global consacré à l’alimentation.

La plupart des personnes qui se tournent vers le bio ont envie de consommer autrement. Je ne parle pas de ces deux ou 3 produits transformés bio glissés dans le caddie du supermarché, coincés entre tout un tas de produits plus traditionnels industriels. Je fais référence à ceux qui décident de s’orienter réellement vers une alimentation bio, de s’approvisionner davantage dans des magasins ou des sites spécialisés, de faire des courses dans un vrai magasin bio, si possible engagé dans une démarche locavore. Lorsqu’on commence à s’y approvisionner majoritairement, on prend plus facilement conscience de ce que l’on achète et de nos besoins réels. On achète aussi moins de produits préparés, et plus de produits bruts. On (re)découvre des aliments bons pour la santé (et là, je ne parle pas spécialement des végétariens) pas chers du tout, comme les légumineuses. Alors oui, le panier bio sera un peu plus cher. Mais pas tant que ça si on tourne le dos à tous ces produits industriels tout prêts et/ou enrichis d’un un tas de poudres de perlimpinpin, chers car tendances, au profit de produits plus simples.

Et au passage, on aura le plaisir de reprendre la main en tant que consommateur : on saura d’où vient ce que l’on achète, on réduira les déchets d’emballage, on aura l’impression que notre nourriture nous fera du bien à chaque bouchée. Et quelle sérénité! Voilà quelques années maintenant que j’ai déserté les grandes surfaces au profit de boutiques bio. Aujourd’hui, lorsque je me retrouve dans les allées d’un supermarché, toute cette profusion de couleurs, de choix, de produits me met très mal à l’aise. On ne se pose plus la question de nos réels besoins, mais on se laisse porter, happer par toute cette avalanche de gondoles. C’est quelque chose de très malsain et de chronophage. J’apprécie réellement ce retour à la simplicité que je trouve en boutique bio : tout ce qui m’est nécessaire y est. Je consomme en conscience, et ça, c’est vraiment une source de satisfaction bien plus saine que ces achats compulsifs de produits industriels dits « gourmands » qui certes, nous font saliver, mais qui nous font tout autant culpabiliser.

Faut-il consommer bio?

Où se fournir en bio ?

Tous les points de vente bio ne sont pas équivalents. Il y a tout d’abord le rayon bio des supermarchés, dont les quelques marques appartiennent à des grands groupes agro-alimentaires : peu de choix, encore moins de produits frais, des produits la plupart du temps raffinés (donc peu de bénéfices nutritionnels), et de gros bénéfices assurés pour les marques (voir liens cités plus haut). Je n’achète pratiquement jamais mes produits bio en grande surface. Et d’ailleurs, à produit égal, je trouve ces quelques marques hégémoniques moins bonnes que ce que je consomme habituellement.

Les magasins bio sont de plus en plus nombreux. C’est là que l’on trouvera le plus grand choix de produits, avec des produits de base en vrac, des fruits et légumes… Là encore, on trouve côte à côte des magasins au fonctionnement très différent : De plus en plus de chaines de magasins sont issues de grands groupes (par exemple, Naturalia* qui appartient à Monoprix, et donc par extension au groupe Casino). D’après mon expérience, elles proposent beaucoup de produits raffinés, peu de produits bruts, avec des prix souvent élevés et beaucoup de produits importés. D’autres magasins, souvent plus anciens, sont davantage engagés dans une démarche écologique réelle : se fournir autant que possible en produits locaux, favoriser le vrac aux produits sur-emballés, chercher des sources d’approvisionnement qui assurent des conditions de vie décente aux producteurs… (Par exemple les magasins Biocoop). Là encore, beaucoup de disparités entre les intentions respectives des différents magasins (ou rayons) bio, entre leur politique commerciale et leur éthique. Si l’on veut s’engager dans un mode de consommation différent, il faudra lire d’un peu plus près les étiquettes, se renseigner auprès du magasin ou sur son site… et apprendre parfois à lire entre les lignes : les grands groupes industriels qui sont en train de s’infiltrer dans la filière bio savent très bien déposer un joli vernis sur leurs produits pas toujours éthiques.

Qui dit bio dit souvent locavore : pour les produits frais, la meilleure filière bio qui soit sera sans doute une amap ou une exploitation bio pas trop loin de chez vous. Elle pourra vous fournir des produits tout frais cueillis. Une exploitation bio sera moins agressive pour la terre, mais une exploitation agricole de proximité qui pratique une agriculture raisonnée, mais non certifiée bio, pourra fournir des fruits et légumes tout aussi bons au goût et pour la santé (à condition de bien les éplucher). Il n’y a pas de formule magique pour choisir. Se renseigner, discuter avec les producteurs, aller à leur rencontre sur les marchés,  reste la meilleure façon de s’approvisionner en toute conscience et avec gourmandise. A noter le site La ruche qui dit oui, qui propose d’acheter en ligne très facilement des produits à des producteurs locaux. **

Alors, qu’en conclure ? Pour moi, acheter bio, c’est avant tout opter pour une source d’approvisionnement en harmonie avec mes opinions. Il n’est pas question de me proclamer intégriste du bio, au contraire. Il m’arrive bien sûr d’acheter des produits non-bio. Il faut savoir relativiser. Mais il faut aussi admettre et même revendiquer une consommation bio militante qui œuvrera pour la préservation de la nature, et pour la préservation d’une agriculture digne et vivrière, moins industrialisée, plus humaine et qui permet aux agriculteurs de vivre réellement de leur travail. Certes, le label Bio ne fait pas tout. Mais certaines filières biologiques (locavore, coopérative, amap…) nous offrent le moyen d’agir en tant que consommateur : moins polluer, maintenir une agriculture de proximité, réapprendre à consommer de saison, redécouvrir des aliments oubliés pourtant si bons pour la santé, redécouvrir qu’une pomme, ça  peut se manger sans s’éplucher. Pour autant, il ne faut pas oublier de regarder du côté des agriculteurs locaux qui ne sont pas forcément labellisés, mais qui peuvent offrir une alternative à l’agriculture industrielle.

*  Naturalia / Complément d’info : lire «Vendeur chez Naturalia, je suis à la fois MacGyver et Superman»

**  Edit : Suite à la lecture de cet article [AMAP, UN MODÈLE COURT-CIRCUITÉ] j’ai supprimé ma référence à La ruche qui dit oui. Les réseaux de distribution éthiques, équitables, biologiques, locavores, sont eux aussi bel et bien victimes de leur succès et de grands groupes qui y voient une opportunité de surfer sur la tendance pour engranger de nouveaux bénéfices.

En vrac et sans suremballage…

Pour finir, voilà quelques petites remarques factuelles et personnelles qui me poussent à aller souvent m’approvisionner dans des filières bio. Une liste d’idées en vrac, non exhaustive et ouverte…

  • On y trouve des tas de produits intéressants sur le plan nutritionnel (ou sur le plan plaisir gustatif!) réunis au même endroit, qu’il est difficile de trouver ailleurs. Par exemple : des farines de différentes céréales, avec ou sans gluten, complètes, semi-complètes, blanches…, des épices, différentes sortes de tofus, un grand choix de miels, d’huiles végétales, de fruits et légumes secs, de graines, des graines à germer, du kombucha, des bières artisanales… 
  • On y trouve plus facilement des produits en vrac : donc pas de suremballage et on achète juste ce dont on a besoin.
  • En bio, les légumes sont généralement plus petits : parfait lorsqu’on est seulement un ou deux à la maison! On n’achète que ce que l’on consomme, on ne jette pas les restes de cet énorme potiron ou de ce gros chou blanc gonflés aux engrais chimiques et à l’eau. Et bonus, les fruits et légumes de petite taille sont généralement plus riches en nutriments et en vitamines que les gros.  Au final c’est un peu plus cher au kilo, mais comme on ne jette rien, la différence de prix entre bio et non-bio s’estompe.
  • Toujours dans le registre « économies » : on trouve plus facilement des légumes avec leurs fanes toutes fraîches, elles aussi consommables (soupe de fanes de radis, fanes de carottes, de navets…). De quoi réaliser des petits plats simples et bon marché.
  • J’achète souvent mes épices en bio, tout simplement parce-que la marque distribuée en magasin bio n’y ajoute pas de gluten (hé oui, les épices contiennent souvent ce que l’on appelle du gluten caché. Il est ajouté comme anti-agglomérant, comme dans beaucoup de produits, d’ailleurs. Attention toutefois pour les vrais intolérants : Cook précise par soucis de transparence que ses épices peuvent contenir des traces de gluten par contamination de céréales lors de la culture). Valable pour d’autres produits : souvent moins d’ajouts systématiques de gluten dans les produits bio.
  • Dans la série « sans… », je trouve plus facilement de produits finis sans lactose en bio (pain, biscuits…). Car le lactose, c’est comme le gluten : un additif bon marché qu’on retrouve hélas partout. En règle générale, les produits finis contiennent plutôt moins d’ingrédients indésirables que les produits non bio.
  • Outre le désir de consommer en minimisant mon impact sur la planète, ce que j’apprécie avant tout en allant faire mes courses dans un magasin bio, c’est ce rapport à la nourriture beaucoup plus sain, que j’évoquais plus haut : finies les hyper-stimulations qui clignotent en tête de gondole! On va juste acheter de quoi se nourrir, sans tout ce stress invisible, sans ces envies-frustrations-culpabilisations qui accompagnent si souvent les achats compulsifs.

Fin de ce long article que je ne veux en aucun cas dogmatique. Il est avant tout le fruit de ma propre expérience. Comme toujours, mieux vaux privilégier la voie du milieu : ne pas sombrer dans l’intégrisme du bio, au risque de s’isoler socialement, ou de succomber à une alimentation obsessionnelle qui fait oublier les notions de plaisir et de partage. Gare à cette orthorexie qui fait remonter à la surface toutes les frustrations-culpabilisations que l’on veut justement fuir en optant pour le bio. Et si on réapprenait simplement à consommer en toute conscience, avec la meilleure bonne conscience possible, que ce soit pour notre santé physique et mentale, pour les producteurs, et pour la nature et la biodiversité?


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